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Mar 05

Mike Rennie (Smokebox) : « Je fais le même travail, virtuellement, qu’effectuaient les ouvriers à l’époque »

Salut ! Aujourd’hui, je vous propose une interview de Mike Rennie, que vous connaissez peut-être sous le nom de Smokebox, auteur de deux add-ons parus chez DTG : la Consolidation et la FEF-3, reconnus par l’ensemble de la communauté comme des excellentes créations. Sans plus attendre, la voici, j’espère que vous la trouverez intéressante, j’attends comme d’habitude vos retours ! 🙂

Olivier : Salut Mike ! Merci pour avoir accepté de participer à cette interview. Tout d’abord, pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas forcément, peux-tu te présenter ?

Mike : Salut ! Je m’appelle Mike Rennie, et on me connait dans la communauté Train Simulator sous le nom de Smokebox. Même si je suis anglais, je suis surtout connu pour modéliser des locomotives à vapeur américaines dans TS.

O : Comment as-tu commencé à créer du contenu pour Train Simulator ?

M : J’ai créé du contenu gratuit pour Microsoft Combat Flight Simulator pendant des années, mais lorsque MSTS fut sorti, cela raviva l’intérêt que j’avais pour les trains quand j’étais petit. Ensuite, Railworks fut publié, et je me le suis procuré. Je voulais personnaliser les décors des lignes, et aussi continuer de m’amuser en créant des modèles virtuels, donc j’ai acheté 3DCrafter Pro, et commencé à créer des éléments de décor pour moi-même. C’est comme ça que j’ai appris le métier, pour des objets basiques en tout cas. Après un certain temps, je me suis mis à créer des modèles de plus en plus complexes, dont des wagons anglais très détaillés, et un poste d’aiguillage. Ensuite, je voulais m’atteler à quelque chose d’encore plus ambitieux. J’ai toujours pensé que les locomotives du jeu pouvaient être mieux réalisées, donc je me suis fixé l’objectif d’en créer une du mieux que je pouvais. J’ai demandé des suggestions sur des forums, et quelqu’un a eu l’idée d’une Consolidation 2-8-0.

Mike s’est fait connaitre avec ses wagons GWR Siphons, toujours disponibles sur trainsim.com.

O : As-tu toujours eu un intérêt particulier pour les locomotives à vapeur américaines ?

M : En fait, pas du tout, ce qui peut paraitre surprenant ! C’est juste une de ces choses qui arrivent de temps en temps – on m’a montré une photo d’une 2-8-0 américaine très ancienne, et je me suis dit « tiens, ça a l’air étrange et intéressant, ça pourrait être marrant ». J’ai cherché si des plans détaillés de 2-8-0 étaient disponibles, et je suis tombé sur un ensemble presque complet de dessins de la Consolidation construite en 1926 par Lima pour l’AT&NR. Ce n’est qu’après avoir commencé à la modéliser, et fait des recherches en détail, que je suis réellement tombé amoureux des vapeurs américaines.

O : Qu’aimes-tu chez ces locomotives ?

M : Une des choses que j’adore vraiment chez elles, c’est qu’elles sont si différentes des locomotives à vapeur anglaises ordinaires, ce qui les rend exotiques à mes yeux. J’avais l’habitude de voir des locos dont la plupart des mécanismes n’étaient pas visibles, alors que les américaines ne cachent rien – les générateurs, les pompes à air, les réchauffeurs, tous les tuyaux et les câbles, tout est (généralement) à l’extérieur. De façon générale, elles sont aussi beaucoup plus imposantes, et certaines peuvent paraître assez bestiales et puissantes, ce qui les rend attrayantes. Enfin, le fait de les regarder me fait penser au continent américain en lui-même, une terre lointaine pour moi qui habite en Écosse, cela stimule mon imagination.

O : Pourquoi as-tu choisi DTG pour publier tes add-ons ?

M : Plusieurs raisons ont fait que j’ai choisi de publier chez DTG. Premièrement, lorsque j’ai commencé ma première loco, la Consolidation, c’était un projet freeware, donc un hobby pour m’amuser dans mon temps libre. J’ai montré des images WIP sur des forums, et un autre créateur, célèbre pour ses lignes américaines payantes (Note D’Olivier : Richard Galber du studio All Aboard), m’a dit qu’elle était largement assez bonne pour être payante, et je devais sérieusement considérer le fait d’en faire mon métier. Il m’a mis en contact avec RSC (leur nom à l’époque), et le reste a suivi son cours naturellement. De plus, publier chez DTG présente l’avantage majeur d’avoir accès la plate-forme Steam de Valve, utilisée par des millions de joueurs. Si j’avais essayé de publier la loco moi-même, cela aurait été très difficile (impossible, en fait) d’atteindre un marché aussi large. Et puis, RSC a pu me donner une aide technique pour parfaire et terminer le modèle, en me faisant comprendre comment finir certaines choses et le mettre en forme selon leurs règles.

O : N’était-ce pas trop compliqué, puisque tes add-ons sont très avancés, mais DTG veut lui viser un public très large ?

M : Tu soulèves un point intéressant. La Connie (NDO : Consolidation) était une des simulations les plus complexes et réalistes à l’époque, introduisant de nouvelles fonctionnalités que j’avais implémenté, et cela causa des problèmes pour son autorisation à la publication : j’ai dû expliquer comment celles-ci fonctionnaient, et m’assurer qu’elles étaient clairement détaillées dans le manuel, ce qui le rendit lui aussi assez complexe. RSC m’a aussi fait remarquer qu’ils ont un public assez large, comme tu l’as justement dit. J’ai donc dû créer plusieurs versions du modèle : une qui avait toutes les fonctionnalités très avancées et compliquées, qui la rendait incompatible avec le HUD F4, et une autre, simplifiée, qui était compatible avec ce dernier. Ce fut beaucoup de travail en plus pour moi, mais je pense que cela en a valu le coup.

Les vapeurs américaines sont des vrais monstres !

O : La Consolidation était déjà excellente et c’était ta première loco, c’est impressionnant que tu ais tout fait tout seul… félicitations ! T’es-tu senti découragé par moments ?

M : Merci ! Il y a certains moments lors de la création du modèle qui m’ont beaucoup contrariés, mais c’était surtout parce qu’il était tellement gros que 3DCrafter avait dû mal le supporter, il plantait de nombreuses fois par jour. Même si je faisais des sauvegardes, cela altérait parfois les fichiers et je devais recommencer un jour ou plus de travail. Cela peut être très difficile ! Mais je ne m’en suis jamais lassé. Tout était un challenge, c’était comme résoudre un puzzle, et j’ai vraiment aimé le fait de tout avoir sous mon contrôle – le modèle en lui-même, les animations, le texturing, les sons, les effets spéciaux, le scripting, les scénarios… tout. Je n’avais pas aussi à m’inquiéter d’une éventuelle date butoir, donc je pouvais continuer jusqu’à ce que je me sentais prêt.

O : La FEF-3, ton deuxième modèle, est un cran au-dessus. On peut clairement voir une évolution entre les deux machines. Qu’est-ce que la Connie t’a appris, pour que tu puisses arriver à recréer – et je suis sûr que de nombreuses personnes seront d’accord avec moi – la locomotive à vapeur la plus réaliste pour ce simulateur ?

M : Merci pour les compliments ! C’est une très bonne question. J’ai en effet tiré des précieuses leçons de la Connie. Une des plus importantes étant qu’il était possible de réaliser un modèle très détaillé, avec des scripts avancés, sans mettre le jeu à genoux. Je pense que la plupart des joueurs avec un ordinateur aux performances moyennes n’ont pas de problèmes avec le framerate. Cela m’a donné la confiance pour vouloir détailler la FEF-3 au maximum, avec tous les écrous, boulons et rivets en 3D, les angles bien ronds, et autant de détails que possible pour qu’elle paraisse réelle, même de très très près !

Une autre leçon que j’ai retenu était les techniques de texturing. Je suis assez content des textures de la Connie, mais je pense que j’ai fait au moins dix fois mieux sur la FEF-3. J’ai réalisé que je devais faire plus attention à la lumière et aux ombres pour pouvoir recréer la vraie « texture » de différentes surfaces. J’ai passé beaucoup de temps à essayer différentes méthodes, pour m’assurer que tout semble réel de près, en poussant jusqu’à l’oxydation autour des rivets, ou la façon dont la peinture sur les surfaces en métal coulé tend à ressembler à la peau d’une orange (à cause du sable utilisé dans le coulage).

Enfin, une des leçons dont je me souviens le plus est que la seule façon de créer un modèle vraiment authentique était de suivre autant que possible pour un être humain les dessins industriels originaux. En effet, je fais le même travail, virtuellement, qu’effectuaient les ouvriers à l’époque (utiliser les plans pour créer les moules qui servaient à construire les pièces).

Le créateur a beaucoup appris avec la Consolidation, sa première locomotive.

O : Le fonctionnement de la FEF-3 est très réaliste, n’était-ce pas trop dur pour un Anglais d’abord de comprendre, puis ensuite de scripter toutes les caractéristiques d’une vapeur américaine ?

M : Tu as raison, c’était difficile au départ. J’ai passé beaucoup de temps à lire des livres sur le sujet et développer mes connaissances, mais j’ai aussi eu la grande chance de me faire des amis pendant le développement du modèle, grâce aux forums et à la page facebook, amis qui se trouvaient être des conducteurs de locomotives à vapeur aux États-Unis. Ils ont pu m’expliquer de nombreuses choses. Certains d’entre eux m’ont même envoyé des vidéos qu’ils avaient fait au travail, pour me montrer le fonctionnement de certaines commandes. Par chance, un de ces contacts a même été chauffeur et conducteur de la vraie 844, c’est grâce à lui que la mise à jour de la simulation de la jauge de la pompe à eau est si fidèle.

C’est quelque chose de particulièrement utile : au lieu de rester mystérieux sur mes projets, j’ai partagé de nombreuses images WIP. Cela a permis aux gens de voir ce que j’étais en train de faire, et de me donner des conseils pratiques ou exprimer leurs opinions, me laissant plein de temps pour les intégrer au modèle avant que celui-ci ne soit terminé.

O : As-tu des conseils pour ceux qui veulent créer du matériel roulant pour TS ?

M : Mon premier conseil serait d’apprendre les bases en commençant par quelque chose de simple ! Comme je l’ai déjà dit, avant de me mettre à la Connie, j’avais déjà acquis de l’expérience sur TS et 3DCrafter en réalisant d’autres modèles. Mon tout premier objet pour TS était un arbre en deux dimensions ! Après cela, j’ai fait un panneau publicitaire, un chariot à bagages, des bidons de lait, ce genre de choses. Je pense vraiment qu’il essentiel de s’y prendre par étapes, et de ne pas débuter par un modèle complexe sans avoir fait ces choses au départ. En plus, la locomotive à vapeur, est carrément la bête la plus complexe inimaginable à reproduire dans TS, le travail et les compétences nécessaires pour y arriver ne doivent pas être sous-estimées. Il est également important d’être patient. Il y aura beaucoup d’essais et d’erreurs, d’expérimentations, il faudra jeter des choses qui ne marchent pas, devoir recommencer. Il faut avoir cela à l’esprit avant de s’y mettre. Un dernier conseil, soyez sûrs de le faire pour vous amuser, cela doit être un sujet qui doit vous passionner ! Et au fait, est-ce que j’ai mentionné que c’était beaucoup de travail ? 😀 Si cela ne vous passionne pas, ce sera difficile d’en voir le bout.

Mike a pu compter sur le soutien de vrais vaporistes pour modéliser la FEF-3.

O : Dernière question : ton projet actuel est Jupiter, une locomotive à vapeur du 19ème siècle, qui fait partie de l’Histoire, puisqu’elle fut présente à la cérémonie de l’achèvement du premier chemin de fer transcontinental. Pourquoi ce choix ?

M : Ce fut un pur hasard. Je voulais réaliser une autre locomotive à vapeur américaine, parce que je les aime, et qu’elles sont devenues un marché de niche pour moi – je ne suis pas le seul à en reproduire pour TS, mais nous ne sommes pas nombreux. J’étais en train de chercher des images de locos à vapeur sur Google, et je suis tombé sur la Leviathan de David Kloke, qui fut construite sur les mêmes plans que Jupiter. J’ai juste adoré son look, et je me suis dit « Voilà ! Une nouvelle loco insolite mais belle qui n’a jamais été vue dans TS ! » (excepté un modèle gratuit il me semble). J’aime modéliser des éléments inhabituels. Ensuite, j’ai vu que l’on pouvait obtenir un ensemble presque complet de plans aux USA, et c’est cela qui a scellé l’affaire.

Bien sûr, les n°60 « Jupiter » du CPRR et la n°119 d’UP sont célèbres pour leur rencontre à la cérémonie du Golden Spike. C’est un bonus supplémentaire. Cela signifie qu’elles sont bien connues aux États-Unis et donc qu’elles devraient être un succès. De plus, étant du 18ème siècle, cela ouvre la voie à de nombreuses possibilités, j’espère qu’elles peuvent même déclencher le développement de nouvelles lignes situées dans l’ère du Far West.

O : Merci Mike pour ces réponses ! J’adore les Hommes, qui animés par une passion, arrivent à faire de grandes choses. Je te souhaite le meilleur pour ton futur !

M : Merci beaucoup à toi, Olivier, j’ai apprécié la discussion ! Je pense que j’aurais pu continuer pendant des heures.

1 Commentaire

  1. Gandalf

    Merci, très bonne idée ces interviews!

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